Critique du programme de C. Jacob
Dans le préambule de son programme, il déclarait incarner pour son pays un changement et une véritable politique de droite qui :
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Changerait la couleur rouge de beaucoup d’indicateurs : crimes et délits, violence à l’école, poids des impôts, coût du travail, avenir des retraites, nombre de chômeurs…
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Restaurerait la sécurité des biens et des personnes sur tout le territoire national
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Placerait la liberté d’entreprendre et la diminution de la fiscalité au cœur de l’action publique
Et, sur le canton, veillerait au développement économique dans le respect de l’identité rurale.
Un beau programme en vérité dont il laissa rapidement l’exécution à son suppléant, Ghislain Bray, qui au regard des résultats, n’avait manifestement pas les épaules suffisamment larges.
Pour autant, c’est C. Jacob qui a été élu, il est, à la fois, l’homme du bilan, l’homme du passif et l’homme du passé.
On constatera aussi que, comme bien d’autres membres du gouvernement aujourd’hui, il mélange ses rôles de ministre, président de communauté de communes, maire et candidat afin de monopoliser les médias locaux pour tout ramener à lui. Il est aussi l’homme égocentré.
L’homme du bilan
L’action de C. Jacob dans les différents gouvernements de J. Chirac, bien que discrète, restera associée au bilan global de cette mandature qui, bien que revendiquant de nombreux succès, n’en restera pas moins marquée par la couleur rouge sang de nombreux indicateurs : précarité, croissance, déficits publics, fracture sociétale aggravée - notamment avec nos jeunes -, promesses non tenues, et plus localement, dans notre circonscription, par une perte importante d’emplois, les plus mauvais scores du département en matière de chômage, une augmentation de la paupérisation…
On gardera aussi à l’esprit des méthodes de gouvernance faisant fi du débat et du dialogue social et faisant la norme d’une pratique douteuse du pouvoir, plaçant à tous les postes stratégiques de l’Etat, des hommes clés qui participent ainsi aux blocages de la société française.
C’est aussi le gouvernement dans lequel 600 m2 est la norme de l’habitat, 4 000€ le salaire moyen, 7.5 millions le nombre des français vivant avec moins de 800€ par mois.
Le bilan est donc plus que négatif et les fractures entre les élus et les français, les riches et ceux qui vivent en dessous du salaire minimum, les jeunes et la société, les seniors et la société.. se sont élargies.
L’homme du passif
Dans son projet d’une « nouvelle politique pour la France » -son programme pour 2002-, C. Jacob nous indiquait qu’il s’emploierait à combattre l’insécurité (un beau thème montée en épingle à l’époque par une presse toute acquise !) et à rétablir l’autorité de l’Etat qui doit se donner les moyens de stopper la violence.
La réponse ne fut on ne peut plus claire. Kharchériser les jeunes, chartériser les immigrés, truquer les chiffres de l’insécurité… sont au nombre des éléments de son bilan qui corrélés à une justice plus expéditive rendent le climat national forcément moins serein.
Il voulait aussi redonner le goût du travail, en assouplissant notamment les 35h, en créant de vrais emplois et en minorant l’assistanat. Le capital a certainement repris des ardeurs au travail sous la gouvernance de J. Chirac alors que les 35h n’ont pas été remises en question. Malgré des français laborieux, une des meilleures productivité du monde, force est de constater que le pouvoir d’achat a diminué, que le prix des besoins vitaux a augmenté et plus de 7 millions de français sont dans une situation si précaire qu’ils ont difficilement accès à un logement décent.
« Assez d’assistanat pour les Rmistes », il fallait les remettre au travail. Depuis que les conseils généraux gèrent cette population et depuis que l’ANPE fait le ménage dans ses fichiers, le nombre des personnes qui dépendent des minima sociaux pour vivre a augmenté de manière exponentielle et dans des proportions inquiétantes, surtout en Seine et Marne. En effet l’Etat s’est déchargé de leur accompagnement, les territoires héritant des vrais chiffres et, surtout de tous ces parcours de la grande détresse.
Une autre des recettes pour cette nouvelle France consistait à faciliter la vie des entreprises, par la baisse des impôts sur les sociétés, par la baisse des charges sur les salaires, par la transmission plus facile des entreprises familiales, en diminuant le poids des impôts.
L’imposition est toujours aussi élevée et même supérieure et quelques soit notre statut dans la société, nous n’avons pas enregistré d’amélioration. Nous attendons toujours la baisse de 1/3 promise et le pouvoir d’achat reste aux abonnés absents.
La décentralisation ordonnée à la hussarde laisse les collectivités territoriales dans l’expectative mais aussi dans l’obligation d’assumer des charges que l’Etat ne veut plus gérer, sans pour autant bénéficier de contreparties financières nécessaires. Les nationales, la DDE, les TOS dans les collèges, le RMI… sont autant de contraintes qui ne peuvent être honorées sans l’augmentation de la fiscalité locale. Comment peut-on alors parler de ruralité durable ?
Nous payons ainsi, de manière permanente, insidieusement, sans pour autant constater que notre qualité de vie s’améliore, que nos perspectives sont satisfaisantes et que l’Etat de la France est rassurant. C’est là l’essentiel du bilan de la gouvernance Chirac que Monsieur Jacob a cautionné et cautionne encore.
L’homme du passé
Ce bilan se retrouve localement et notre circonscription souffre d’une situation dramatique, dans les franges de la région Ile de France alors que 5 ans plus tôt, Monsieur Jacob se faisait l’apôtre d’une ruralité économiquement forte.
Il faut lui rappeler que la ruralité ne se résume pas à l’agriculture surtout lorsque nous sommes dans l’ère de la rurbanisation, un phénomène important qui change complètement la physionomie de notre monde rural.
Il voulait ainsi défendre le service public en renforçant les moyens de la gendarmerie, en maintenant le statut des agences postales et en prônant plus de souplesse dans les critères de l’école primaire (voulait-il réviser la carte scolaire ?). Si les effectifs de la police ont augmenté sur le provinois, force est de constater que la poste ne cesse de réduire ses horaires grands publics et ferme ses agences rurales.
Il faisait la promotion d’une ruralité économiquement forte en développant les voies de communication (élargissement de la RN 4, de la RD 231, modernisation des rames et électrification de la ligne SNCF Paris – Nangis), en prônant l’accès facilité à la téléphonie mobile et à l’Internet haut débit. Le bilan est plutôt positif sur ce point reposant pour l’essentiel sur les efforts conjugués du Département et de la Région. Pourtant, l’élargissement des dessertes signifierait-il passer plus rapidement à travers notre circonscription pour aller travailler ailleurs, toujours plus loin ?
La question mérite d’être posée au regard du marasme économique qui frappe notre secteur: des centaines d’emplois perdus (Lir, Degond, Mueller, Cemm Thomé, Camsearch…), les plus mauvais résultats du chômage officiel pour les jeunes, les femmes, les seniors, et pour les demandeurs d’emploi de longue durée. Il faut aussi constater l’augmentation inexorable de la précarité et, notamment, l’explosion depuis trois ans des repas servis par les Resto du cœur qui sortent de leur rôle historique pour conforter une population de plus en plus jeune, bien souvent monoparentale mais, toujours démunie de tout !
Bien sur, il y a l’agriculture, 20% des emplois, un poids de la France d’un autre siècle que M. Jacob, ancien de la FNSEA, voulait absolument préserver dans ses cultures extensives et pour les mannes reçues de l’Europe (nous avons la population agricole avec les plus forts revenus). Avec l’ouverture à d’autres pays, une autre répartition des aides s’engage qui condamne, à terme, la PAC dans sa configuration actuelle. La modernité de l’agriculture réside désormais dans sa capacité à se diversifier et l’on peut déplorer que la circonscription n’ait pas développé une réflexion sur le développement durable et l’utilisation d’énergies bio dégradables et renouvelables. Un train qui passe déjà, sans doute…
Cela n’était d’ailleurs peut être pas compatible avec son dernier objectif, respecter l’espace et les modes de vie ruraux. Un clin d’œil aux partisans de la chasse et des traditions, sûrement, mais qui n’affichait pas non plus de grands objectifs, hormis le devoir de vigilance. Il aurait fallu s’interroger sur l’afflux de ses rurbains dans nos villages, avides d’y trouver les services des grandes villes et, aussi, du travail. Ce mouvement, déjà enclenché au moment de la campagne, aurait du être anticipé au niveau de la circonscription. Les élus locaux sont en prises directes avec ces nouveaux arrivants et les nombreux problèmes et questionnements qu’ils posent mais disposent de très peu de marges de manœuvre.
Enfin, il faut être l’homme du passé quand l’on cautionne ces pratiques politiques d’un autre temps qui concentrent tous les pouvoirs entre très peu de mains à l’heure où la majorité des français aspirent à plus de débats, plus de concertations.
L’homme égocentré
L’incertitude politique des grands renforce l’appétence pour le local surtout quand l’on sait que, quelque soit le résultat des élections présidentielles, C. Jacob en sera l’un des grands perdants.
Ces derniers mois ont été l’occasion de rédiger, en catimini, et en passant outre les démarches inhérentes à un projet de grand pays, telle la consultation, la participation, la démocratie … la charte d’une nouvelle organisation territoriale se superposant à 3 intercommunalités.
Ce projet repose sur un diagnostic non partagé qui résume plusieurs décennies d’incurie, celle de sa famille politique et les siennes. Quelque soit la nature de ses mandats, M. Jacob n’a pas de bilan attestant de son engagement, de sa passion pour son territoire ni pour les habitants de sa circonscription. Il est, pour cause, dans l’ère de l’image, la sienne, et les milliers de photos répercutées dans la presse locale sont autant de témoignages de son omniprésence médiatique.
D’ailleurs ses seules réalisations immobilières ont été destinées à Provins, une petite composante de la circonscription. Elle révèle une conception forte du partage et de l’intercommunalité qui se résume à « polarité, sur Provins ».
Ces constats posent la question de son implication en tant qu’élu ? Comment peut-on, à la fois être ministre, président de communauté de communes, maire, député même et être aussi présent dans la presse locale lors de telle réception, tels bons vœux, telle exposition… ?
Cultiverait-il le culte du surhomme ?
Comment, surtout, peut on prendre, dans ces conditions, le temps de l’écoute, de la rencontre avec les habitants, le temps de la réflexion ?
